9 janvier 1842

« 9 janvier 1842 » [source : Collection particulière (Vente Ader, 17 mai 2023)], in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11109, page consultée le 02 mai 2026.

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Bonjour Toto, bonjour affreux Toto, pourquoi que vous ne venez pas donc ? Cela ne peut pas durer plus longtemps, je vous en préviens et à partir de la nuit prochaine je veux que vous veniez coucher avec moi. EST-CE CLAIR ? Pourquoi n’avez-vous pas mis votre habit cette nuit ? Est-ce que vous craigniez d’avoir trop chaud ? Et puis vous vous enrhumerez et ce sera encore moi qui souffrirai plus que vous. Taisez-vous, Rosambeau1, comment vont tous les petits rosambeautins ? J’espère qu’on ne laissera pas aller ce pauvre Capitaine à la messe par le froid qu’il fait et sa jambe malade. [Il fait un froid de loup, dit-elle, mais ce n’est pas cela qui l’empêcherait de lui courir après si elle en avait la permission :a] je vous aurais bien vite rattrapé ! mais au mois de juin comme au mois de janvier, par le froid ou par le chaud, je suis toujours comme un pauvre cul-de-jatte à vous attendre. C’est monotone mais parfaitement embêtant. Baisez-moi et prenez garde à vous et votre Maritorne aussi car je suis peu disposée à me laisser faire…. la guerre même en trompette, ainsi prenez garde à vous tous tant que vous êtes. Je t’aime toi va. Je t’aime c’est une idée fixe, une folie, une fureur, un fanatisme, une adoration, c’est tout ce qu’il y a de plus extravagant et tout ce qu’il y a de plus raisonnable. Je t’aime avec tous les sens à la fois et avec toute mon âme. Tu es toute ma vie, baise-moi mon cher petit homme et ne te fais pas trop attendre.


Notes

1 Déjà employée dans la lettre du 1er janvier, cette appellation nous est obscure.

Notes manuscriptologiques

a Résumé du vendeur.


« 9 janvier 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16348, f. 23-24], transcr. Hélène Hôte, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11109, page consultée le 02 mai 2026.

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L’onglée, l’onglée aux mains et aux pieds, mon amour, et je vous écris malgré cela parce que je veux vous tirer les oreilles (moralement parlant) pour vous apprendre à venir si souvent chez moi me déranger de ma contemplation. Ia ia, monsire, matame, il est son sarmes mais tu mériterais bien une bonne pile que tu n’aurais pas volée pour l’absurde vie que tu me fais mener. Si je te tenais, je ne te l’épargnerais pas. Il faut espérer que [Mamzelle Caroline Juto ?] sera retournée chez toi ce matin et que tu lui auras donné audience séance tenante au lit ? Je l’espère et je le DÉSIRE. Bien entendu, prends garde de la perdre, scélérat. Est-ce aujourd’hui que ton livre paraît ? Je le réclame à grands cris. Au moins il me tiendra compagnie puisque vous ne voulez plus absolument payer de votre AIMABLE personne. Après, ça sera toujours la même chose, vous n’en continuerez pas moins votre travail et moi, je continuerai de rager avec un nouvel acharnement. Hélas ! Quand serons-nous au mois de juin ? Par exemple, il n’y aura ni prétexte, ni travail, ni Dieu, ni Diable, il faudra monter en diligence avec moi, je vous tuerais plutôt. Mais d’ici là que d’onglées et de journées noires et tristes à passer. D’y penser, j’en suis épouvantée et découragée, mais je vous aime, je t’aime, mon Toto.

Juliette

Cette année-là…
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Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.

  • 12 et 28 janvierLe Rhin.
  • Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
  • 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.